Marketing · Communication

Déposer un nom de marque

étapes, coût et pièges à éviter

Protéger le nom de votre projet à l’INPI, sans payer pour rien ni risquer un refus.

Homme en costume remplissant des documents administratifs à la main, à une table de réunion
Réponse rapide

Déposer un nom de marque se fait en ligne, auprès de l’INPI. Vous vérifiez que le nom est libre, vous désignez les catégories de produits ou services à couvrir, puis vous payez la redevance. La protection court dix ans, renouvelables.

  • Disponibilité d’abord : une recherche d’antériorité avant de payer, sinon la redevance est perdue en cas de refus.
  • Les bonnes catégories : ni trop peu (trou de protection), ni trop (déchéance possible après 5 ans sans usage).
  • Budget : à partir de 190 € pour une catégorie, puis 40 € par catégorie supplémentaire.
  • Durée : 10 ans de protection, renouvelables indéfiniment ; comptez 5 à 6 mois jusqu’au certificat.

Ce qu’une marque protège vraiment (et ce qu’elle ne protège pas)

Premier malentendu à lever : déposer une marque, ce n’est pas la même chose qu’immatriculer une société. Ce sont quatre objets distincts, avec quatre protections distinctes. La dénomination sociale, c’est le nom officiel de votre entreprise au registre du commerce. Le nom commercial, c’est celui sous lequel vous exercez auprès du public. Le nom de domaine, c’est votre adresse web. La marque, elle, protège un signe — un nom, un logo, parfois un slogan — pour des produits ou des services précis, contre l’usage par un concurrent.

Conséquence concrète : vous pouvez avoir une société immatriculée depuis trois ans et zéro protection de marque. Quelqu’un peut alors déposer votre nom commercial comme marque et vous gêner sur votre propre activité. L’inverse existe aussi : on peut déposer une marque sans avoir créé de société.

Une marque ne protège pas une idée, un concept ou un mot « dans l’absolu ». Elle protège un signe pour une activité désignée. C’est cette logique d’activité désignée qui commande tout le reste du dossier.

Marque verbale, figurative, semi-figurative

Vous déposez ce que vous voulez protéger. Une marque verbale, c’est le nom seul, dans n’importe quelle police : la protection est large. Une marque figurative, c’est un logo. Une marque semi-figurative associe le nom et un visuel. Pour un nom de marque, la marque verbale est en général le bon réflexe : elle vous couvre quelle que soit la mise en forme.

Vérifier que le nom est libre

la recherche d’antériorité

C’est l’étape qu’on saute le plus, et celle qui fait capoter le plus de dépôts. Avant de payer, vous devez vérifier que personne n’a déjà un droit antérieur sur votre nom dans votre domaine. Concrètement, vous cherchez à plusieurs endroits : la base des marques de l’INPI, les dénominations sociales au registre du commerce (consultable via INPI Data), les noms de domaine déposés, et les noms commerciaux connus de votre secteur. Et vous ne cherchez pas seulement l’identique : un nom trop proche, qui prête à confusion dans la même catégorie de produits, suffit à bloquer.

Bonne nouvelle, il existe une soupape : le principe de spécialité. Un nom déjà pris dans une catégorie peut rester libre dans une autre. « Mont Blanc » coexiste pour des stylos et pour des desserts parce que ces univers ne se confondent pas. Le geste qui change tout, ici, c’est de raisonner par activité, pas par mot.

L’enjeu est financier autant que juridique. Si vous déposez sans recherche, le titulaire d’un droit antérieur peut former opposition dans les deux mois suivant la publication de votre marque. Et la redevance versée à l’INPI n’est pas remboursée si le dépôt est refusé : vous payez deux fois la même négligence.

Choisir les bonnes catégories (la classification de Nice)

Les produits et services sont rangés dans une grille internationale, la classification de Nice : 45 catégories au total, 34 pour les produits, 11 pour les services. Déposer une marque, c’est désigner les catégories qui correspondent à votre activité réelle, présente et à court terme.

Le bon dosage est un arbitrage. Trop peu de catégories, et vous laissez un trou de protection : un concurrent s’installe sur le créneau que vous avez oublié. Trop de catégories, et vous payez pour des univers où vous n’êtes pas — avec un risque supplémentaire : passé cinq ans sans usage réel dans une catégorie, votre marque peut y être annulée pour défaut d’exploitation. On ne dépose donc pas « large pour être tranquille ». Côté budget, la première catégorie est comprise dans la redevance de base, et chaque catégorie supplémentaire coûte 40 € de plus.

Quelques exemples de correspondance

Une boutique en ligne de vêtements vise la catégorie des vêtements et celle des services de vente au détail. Une application logicielle vise la catégorie des logiciels et souvent celle des services informatiques en ligne. Un restaurant vise la catégorie des services de restauration. Listez vos produits et services concrets, puis rattachez chacun à sa catégorie : c’est plus fiable que de copier les choix d’un concurrent.

Combien coûte un dépôt de marque

Les tarifs sont fixés par l’INPI et s’entendent pour un dépôt en ligne. Voici les repères pour cadrer votre budget.

DémarcheCoût indicatif
Dépôt, 1 catégorie190 €
Chaque catégorie supplémentaire+ 40 €
Renouvellement (tous les 10 ans), 1 catégorieenviron 290 €
Catégorie supplémentaire au renouvellement+ 40 €
Marque de l’Union européenne (EUIPO), 1 catégorieenviron 850 €
Extension internationale (système de Madrid, OMPI)variable selon les pays

Faut-il déposer soi-même ou passer par un professionnel ? Notre parti pris : pour un cas simple — un nom clairement distinctif, une ou deux catégories, un marché français — le dépôt en autonomie sur inpi.fr est à votre portée. Faites appel à un conseil en propriété industrielle ou à un avocat dès que le nom est limite (proche d’un terme descriptif), que l’activité couvre de nombreuses catégories, ou que vous visez l’Europe ou l’international. L’honoraire se rentabilise quand il évite un refus ou une opposition. Les montants ci-dessus peuvent évoluer : vérifiez toujours la grille à jour sur inpi.fr avant de payer.

Les étapes du dépôt, du formulaire au certificat

La démarche suit un déroulé fixe. La voici dans l’ordre, du compte en ligne jusqu’à l’enregistrement définitif.

  1. Créer son compte

    Ouvrez un compte sur inpi.fr et préparez vos informations : identité du déposant, liste détaillée des produits et services.

  2. Mener la recherche d’antériorité

    Vérifiez la disponibilité du nom — l’étape à ne pas court-circuiter, dans votre catégorie comme dans les noms de domaine.

  3. Définir la marque et les catégories

    Choisissez le type (verbale, figurative, semi-figurative) et cochez vos catégories de la classification de Nice.

  4. Déposer et payer

    Validez le dépôt en ligne et réglez la redevance correspondant au nombre de catégories désignées.

  5. Laisser l’INPI examiner

    L’office examine la demande sur la forme puis sur le fond. Comptez environ six semaines pour ce premier examen.

  6. Publication et délai d’opposition

    La marque est publiée au BOPI. S’ouvre un délai d’opposition de deux mois, durant lequel un tiers peut contester.

  7. Enregistrement et certificat

    Sans opposition, la marque est enregistrée et vous recevez votre certificat. La protection prend effet à la date de dépôt.

En pratique, comptez cinq à six mois entre le dépôt et l’enregistrement définitif lorsque personne ne s’oppose. La date qui fait foi en cas de conflit reste celle du dépôt, pas celle du certificat.

Les critères qui font accepter — ou refuser — une marque

Un nom valable réunit quatre qualités : il est distinctif, licite, disponible et non déceptif. Le critère qui recale le plus de dépôts est la distinctivité. Une marque ne peut pas se résumer à la description de ce qu’elle vend. « Pain » pour une boulangerie, « Rapide » pour un service de livraison : refusés, parce qu’un concurrent doit pouvoir employer ces mots courants. Un nom arbitraire (sans lien avec le produit) ou évocateur (qui suggère sans décrire) passe sans difficulté.

Licite et non déceptif veulent dire : pas contraire à l’ordre public ou aux bonnes mœurs, et pas trompeur sur la nature, la qualité ou l’origine du produit. Un nom suggérant une origine « bio » ou « de Champagne » que vous n’avez pas vous expose à un refus. Nuance utile : un terme géographique, générique ou élogieux peut parfois être accepté, mais il reste fragile. Une marque faiblement distinctive est plus facile à contester et vous protège moins bien dans les faits.

Erreurs à éviter, et ce qu’elles coûtent

  • Sauter la recherche d’antériorité : redevance perdue en cas de refus, risque d’opposition dans les deux mois.
  • Choisir un nom descriptif : dépôt refusé, ou marque acceptée mais trop faible pour être défendue.
  • Oublier le nom de domaine : vous protégez la marque, mais quelqu’un réserve l’adresse web correspondante.
  • Déposer trop de catégories « pour être tranquille » : budget gonflé et marque annulable après cinq ans sans usage.
  • Confondre dépôt et immatriculation : ce sont deux démarches séparées, aucune ne remplace l’autre.
  • Laisser passer le renouvellement : la protection tombe au bout de dix ans, et l’INPI ne vous court pas après.

À retenir avant de déposer

La logique tient en quatre vérifications. Le nom est disponible — vous l’avez cherché, pas seulement deviné. Les catégories sont ciblées sur votre activité réelle. Le budget est connu, redevance et éventuel accompagnement compris. Et vous avez tranché entre le dépôt en autonomie et l’appui d’un professionnel, selon la complexité de votre cas. Une fois ces quatre cases cochées, le dépôt en ligne lui-même prend une vingtaine de minutes.

Faut-il une société pour déposer une marque ?

Non. Un particulier peut déposer une marque en son nom propre, sans entreprise. C’est même fréquent pour réserver un nom avant de lancer un projet. Vous pourrez ensuite transférer la marque à votre société une fois celle-ci créée.

Le dépôt à l’INPI protège-t-il dans toute l’Europe ?

Non. Une marque française vous protège en France. Pour couvrir l’Union européenne, vous déposez une marque de l’Union auprès de l’EUIPO (environ 850 € pour une catégorie). Au-delà, le système de Madrid, géré par l’OMPI, permet d’étendre la protection pays par pays.

Combien de temps dure la protection ?

Dix ans à compter de la date de dépôt. Elle est renouvelable indéfiniment, par tranches de dix ans, moyennant une nouvelle redevance (environ 290 € pour une catégorie). Aucun rappel fiable n’est garanti : notez l’échéance vous-même.

Peut-on déposer un nom déjà utilisé par une autre entreprise ?

Parfois, grâce au principe de spécialité : si l’autre marque couvre des produits ou services sans rapport avec les vôtres et qu’aucune confusion n’est possible, le nom peut rester disponible dans votre catégorie. Mais c’est un terrain glissant : une recherche d’antériorité sérieuse, voire l’avis d’un professionnel, est recommandée.

Que se passe-t-il en cas d’opposition ?

Pendant les deux mois suivant la publication de votre marque au BOPI, le titulaire d’un droit antérieur peut former opposition auprès de l’INPI. Une procédure contradictoire s’ouvre, à l’issue de laquelle l’office accepte, restreint ou rejette votre marque. D’où l’intérêt d’avoir vérifié la disponibilité en amont.

Un nom protégé, c’est un actif qui prend de la valeur avec votre activité. Le déposer tôt et juste vaut mieux que le défendre tard et mal.